Santiago Carrillo , soldat et homme politique espagnol (décédé en 2012)

Santiago José Carrillo Solares, né le 18 janvier 1915 et décédé le 18 septembre 2012, fut une figure emblématique et controversée de la vie politique espagnole du XXe siècle. Sa longue trajectoire, marquée par la Guerre Civile, l'exil sous la dictature franquiste et un rôle crucial dans la transition démocratique, fait de lui un personnage incontournable pour comprendre l'histoire contemporaine de l'Espagne. En tant que secrétaire général du Parti communiste espagnol (PCE) pendant plus de vingt ans, de 1960 à 1982, il a su diriger son parti à travers des périodes de clandestinité et de profonds bouleversements idéologiques, notamment en adoptant l'eurocommunisme.

Une Jeunesse Militante et les Horreurs de la Guerre Civile

Issu d'une famille d'ouvriers asturiens, Santiago Carrillo s'engage très jeune en politique. Fils d'un dirigeant socialiste, il intègre dès l'adolescence les Jeunesses Socialistes Unifiées (JSU), devenant rapidement une figure montante du mouvement. Son parcours bascule avec le déclenchement de la Guerre Civile espagnole en 1936. C'est durant ce conflit qu'il est confronté aux épreuves les plus sombres, et c'est aussi de cette période que découle la controverse la plus tenace de sa vie.

La Controverse des Massacres de Paracuellos

Son implication présumée dans les massacres de Paracuellos del Jarama, survenus aux débuts chaotiques de la guerre civile espagnole, a jeté une ombre persistante sur sa réputation et demeure l'un des aspects les plus débattus de son parcours. En novembre 1936, alors que les troupes franquistes s'approchent de Madrid, la ville est sous le contrôle de la Junte de Défense de Madrid. Santiago Carrillo y occupe le poste de conseiller d'ordre public. Dans ce contexte de panique et de violence extrêmes, des milliers de prisonniers, principalement des civils et des militaires soupçonnés de sympathie pour les nationalistes, sont extraits des prisons madrilènes et exécutés à Paracuellos et Aravaca. La question de sa responsabilité directe ou indirecte dans l'ordonnancement ou l'autorisation de ces exécutions a fait l'objet d'intenses débats historiographiques et politiques pendant des décennies, sans qu'une conclusion unanime n'ait jamais été atteinte. Lui-même a toujours nié toute implication directe, soulignant le chaos généralisé et la fragmentation du pouvoir à ce moment-là.

L'Exil et la Direction du PCE Clandestin

Après la défaite de la République en 1939, Santiago Carrillo entame un long exil qui durera près de quarante ans. Il réside principalement en France et en Union Soviétique, où il se forge une stature internationale au sein du mouvement communiste. Il gravit les échelons du Parti communiste espagnol (PCE) et en devient le secrétaire général en 1960, succédant à Dolores Ibárruri, "La Pasionaria". De son exil, il dirige un parti clandestin et persécuté par la dictature de Francisco Franco, œuvrant sans relâche pour maintenir l'opposition au régime et préparer le retour de la démocratie en Espagne. Il devient ainsi l'une des figures majeures de l'opposition démocratique au franquisme, même s'il est contraint d'agir dans l'ombre et à distance.

Un Architecte de la Transition Démocratique

Le rôle de Santiago Carrillo dans la transition de l'Espagne vers la démocratie après la mort de Franco en 1975 est unanimement reconnu comme étant d'une importance capitale. Revenu clandestinement en Espagne en 1976, il est arrêté puis libéré, devenant un symbole de la lutte pour les libertés. Sa capacité à négocier avec les nouvelles autorités, sa volonté de compromis et son engagement en faveur de la réconciliation nationale ont été déterminants. Il a joué un rôle clé dans la légalisation du PCE en avril 1977, un événement historique et hautement symbolique qui a marqué la pleine intégration des communistes dans le processus démocratique espagnol et le début d'une nouvelle ère pour le pays.

L'Eurocommunisme et la Rupture avec Moscou

Dans les années 1970, Santiago Carrillo est l'un des principaux promoteurs de l'eurocommunisme, une doctrine qui prône l'indépendance des partis communistes ouest-européens vis-à-vis de Moscou, l'acceptation des voies démocratiques et parlementaires pour atteindre le socialisme, ainsi que le respect des libertés individuelles et du pluralisme politique. Cette orientation marque une rupture significative avec le modèle soviétique et témoigne de sa vision pragmatique et de sa volonté d'adapter le communisme aux réalités des démocraties occidentales. Son ouvrage "Eurocommunisme et État" (1977) a été un manifeste majeur de ce courant de pensée.

Retour à la Politique Institutionnelle et Fin de Carrière

Avec la légalisation du PCE, Santiago Carrillo peut enfin participer aux premières élections démocratiques de 1977. Il est élu membre du Congrès des députés, où il siégera de 1977 à 1986. Malgré son engagement, le PCE ne retrouve pas la force électorale escomptée, et des tensions internes apparaissent quant à la ligne politique à suivre. Il quitte la direction du parti en 1982, et s'éloigne finalement du PCE en 1985, fonde sa propre petite formation, le Parti des travailleurs d'Espagne-Unité Communiste (PTE-UC), avant de se retirer progressivement de la vie politique active. Jusqu'à sa mort en 2012, il demeure une figure respectée et écoutée, intervenant régulièrement dans le débat public en tant qu'analyste et témoin privilégié de l'histoire espagnole.


Questions Fréquemment Posées (FAQ)

Quel a été le rôle principal de Santiago Carrillo dans la politique espagnole ?
Santiago Carrillo a été secrétaire général du Parti communiste espagnol (PCE) de 1960 à 1982, période durant laquelle il a dirigé le parti en exil sous la dictature franquiste et a joué un rôle fondamental dans la transition de l'Espagne vers la démocratie, notamment en promouvant l'eurocommunisme et en négociant la légalisation du PCE.
Quelle était la controverse majeure associée à Santiago Carrillo ?
La controverse la plus persistante concerne son rôle présumé dans les massacres de Paracuellos del Jarama en novembre 1936, au début de la Guerre Civile espagnole, alors qu'il était conseiller d'ordre public de la Junte de Défense de Madrid. Ces massacres ont vu l'exécution de milliers de prisonniers, et sa responsabilité a été un sujet de débat intense et continu.
Comment a-t-il contribué à la transition espagnole vers la démocratie ?
Il a été une figure clé en œuvrant pour la légalisation du Parti communiste espagnol (PCE) après la mort de Franco en 1975. Son engagement dans les négociations et sa volonté d'adopter une ligne politique modérée (eurocommunisme) ont facilité l'intégration des communistes dans le nouveau système démocratique, contribuant ainsi à la réconciliation nationale.
Qu'est-ce que l'eurocommunisme, et pourquoi Carrillo l'a-t-il soutenu ?
L'eurocommunisme est une doctrine politique qui prônait l'indépendance des partis communistes d'Europe occidentale vis-à-vis de l'Union Soviétique, l'acceptation des voies démocratiques et parlementaires pour atteindre le socialisme, ainsi que le respect des libertés civiles. Carrillo l'a soutenu pour adapter le PCE aux réalités des démocraties occidentales, légitimant ainsi son parti dans le nouveau cadre politique espagnol et en le distinguant du modèle soviétique.
De quand à quand Santiago Carrillo a-t-il dirigé le Parti communiste espagnol (PCE) ?
Santiago Carrillo a été secrétaire général du Parti communiste espagnol (PCE) de 1960 à 1982.