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Journées des langues : origines des dates et célébrations

Les « journées des langues » ponctuent notre calendrier d’occasions pour célébrer, protéger et faire vivre la diversité linguistique. Elles rappellent que chaque langue porte une histoire et des voix, et que leurs dates ne doivent rien au hasard. Ce guide explique pourquoi ces journées existent, d’où viennent leurs dates et comment les pays les célèbrent.

En bref : une « journée de la langue » est un rendez-vous international, régional ou national dédié à une langue ou à la diversité linguistique. La date retenue s’ancre souvent dans un moment fondateur (adoption officielle, figure littéraire, événement historique ou repère culturel) afin de donner du sens à la célébration.

Pourquoi « parler la date » ?

Dire une date, c’est raconter une histoire. Derrière le 21 février, le 23 avril ou le 6 juin se cachent des luttes, des créations et des décisions officielles qui ont façonné notre rapport aux langues. Comprendre ces choix éclaire le message des célébrations : promotion du multilinguisme, égalité d’accès au savoir, sauvegarde des langues menacées et reconnaissance des identités.

La Journée internationale de la langue maternelle (21 février)

Date : 21 février. Origine : Les manifestations étudiantes de 1952 à Dacca (Bangladesh, alors Pakistan oriental) pour la reconnaissance du bengali ; plusieurs jeunes y perdirent la vie. L’UNESCO proclame en 1999 cette journée, célébrée depuis 2000.

Pourquoi cette date ? Pour honorer le mouvement pour la langue et affirmer que la langue maternelle est un droit culturel. C’est aujourd’hui l’une des journées phares de l’agenda linguistique mondial.

Ce qu’on y fait :

  • lectures publiques, dictées géantes et ateliers de traduction ;
  • fêtes scolaires des langues familiales et des langues des signes ;
  • campagnes de sensibilisation sur les langues menacées (plus de 7 000 langues dans le monde, dont environ 40 % en danger selon l’UNESCO).

Les Journées des langues de l’ONU : six dates, six histoires

Pour promouvoir l’égalité d’usage de ses six langues officielles, l’ONU a lancé en 2010 des Journées des langues. Chacune est rattachée à un jalon historique ou culturel emblématique :

  • Journée de la langue arabe : 18 décembre – adoption de l’arabe comme langue officielle de l’ONU (1973).
  • Journée de la langue chinoise : 20 avril – période de Guyu, associée à Cangjie, figure légendaire à l’origine des caractères chinois.
  • Journée de la langue anglaise : 23 avril – date liée à William Shakespeare (naissance et décès traditionnellement situées ce jour-là).
  • Journée de la langue française : 20 mars – Journée internationale de la Francophonie, écho à la création en 1970 de l’Agence de coopération culturelle et technique (ancêtre de l’OIF).
  • Journée de la langue russe : 6 juin – anniversaire d’Alexandre Pouchkine (1799), pilier de la littérature russe moderne.
  • Journée de la langue espagnole : 23 avril – jour symbole autour de Miguel de Cervantes et de la littérature hispanique.

Ce que ces jours veulent dire

Au-delà des festivités, ces dates affirment l’égalité symbolique des langues au sein du système multilatéral. Elles servent de tremplin à des ateliers, concours de traduction, rencontres d’auteurs et actions d’accessibilité (sous-titrage, interprétation, ressources ouvertes).

Zoom sur chaque journée de l’ONU

Arabe – 18 décembre

Point d’ancrage : résolution d’adoption comme langue officielle en 1973. Célébrations typiques : calligraphie, poésie nabatienne, corpus arabes pour l’IA, tables rondes sur l’arabisation des sciences. Les universités et les instituts culturels mènent des « marathons de lecture » d’Al-Mutanabbi à Mahmoud Darwich.

Chinois – 20 avril

Point d’ancrage : la saison de Guyu (pluie des céréales), liée à la légende de Cangjie. Au programme : ateliers d’initiation aux sinogrammes, exposition de sceaux et de calligraphie, découvertes dialectales (mandarin, cantonais, wu, min…). L’idée est d’honorer la matérialité de l’écrit chinois et la diversité des parlers.

Anglais – 23 avril

Point d’ancrage : Shakespeare. Usages : lectures théâtrales, spelling bees, sensibilisation à la variation mondiale de l’anglais (Nigerian English, Indian English, Singlish…). La journée croise souvent la Journée mondiale du livre.

Français – 20 mars

Point d’ancrage : la Francophonie (1970). Pratiques : dictées, slams multilingues, concours « Dis-moi dix mots », joutes oratoires. La Francophonie regroupe aujourd’hui 88 États et gouvernements (membres, associés et observateurs) et fait de cette date un moment fédérateur.

Russe – 6 juin

Point d’ancrage : l’anniversaire de Pouchkine. Mises en avant : récitations de poésie, promotion de la littérature contemporaine, activités d’étymologie (vocabulaire partagé avec les autres langues slaves).

Espagnol – 23 avril

Point d’ancrage : Cervantes et la tradition des Día del Idioma. Pratiques : dictées collectives, célébrations dans les Instituts Cervantes, actions sur l’espagnol global (Amérique latine, péninsule, créoles hispanophones).

Au-delà de l’ONU : autres jalons internationaux

  • Journée européenne des langues – 26 septembre : lancée par le Conseil de l’Europe (2001), elle promeut l’apprentissage tout au long de la vie. Écoles et associations proposent des « bouchées de langues » et des défis linguistiques.
  • Journée internationale des langues des signes – 23 septembre : date de la fondation de la Fédération mondiale des sourds (1951). Elle rappelle que les langues des signes sont des langues à part entière, avec leur propre grammaire.
  • Journée internationale de la langue portugaise – 5 mai : portée par la CPLP et reconnue par l’UNESCO, elle met en lumière la lusophonie (Portugal, Brésil, Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée-Bissau, São Tomé-et-Príncipe, Timor-Leste, etc.).

Repères nationaux : quand l’histoire locale fixe la date

Beaucoup de pays ont « leur » journée de la langue, souvent liée à un événement fondateur, à une figure littéraire ou à une réforme.

  • Bangladesh – Journée des martyrs de la langue (21 février) : processions vers les Shahid Minar, hommages et grande foire du livre Amar Ekushey.
  • Inde – Hindi Diwas (14 septembre) : commémore l’adoption en 1949 de l’hindi en écriture devanagari comme langue officielle de l’Union. Cérémonies de remise des prix Rajbhasha, ateliers d’écriture et débats.
  • Ukraine – Journée de l’écriture et de la langue ukrainiennes (9 novembre) : liée à saint Nestor le Chroniqueur. Un « dictée radiophonique de l’unité nationale » mobilise chaque année des millions de participants.
  • Roumanie & Moldavie – Journée de la langue roumaine (31 août) : lectures publiques, concerts, conférences sur l’histoire de la langue. En Moldavie, la date rejoint la fête « Limba Noastră » héritée des mouvements de 1989.
  • Espagne – Euskararen Eguna (3 décembre) : journée de la langue basque, marquée par des animations et campagnes pour l’usage quotidien de l’euskara. Galice – Día das Letras Galegas (17 mai) : célèbre depuis 1963 un auteur ou une autrice dont l’œuvre a marqué la langue ; la date rappelle la parution en 1863 des Cantares Gallegos de Rosalía de Castro.
  • Brésil & monde lusophone – 5 mai : lectures de Pessoa à Conceição Evaristo, rencontres universitaires et initiatives d’accès au livre.
  • États-Unis – National ASL Day (15 avril) : en écho à l’ouverture en 1817 de la première école américaine pour les personnes sourdes ; ateliers d’ASL et sensibilisation à l’accessibilité.
  • Canada – Journée des langues autochtones (31 mars) : mise en valeur des langues des Premières Nations, inuites et métisses, documentation communautaire et revitalisation.
  • Pays de Galles – Shwmae Su’mae Day (15 octobre) : journée conviviale pour dire « shwmae/su’mae » et encourager l’usage du gallois au quotidien.

Comment les dates sont choisies : quatre grands schémas

  • Acte institutionnel : adoption d’une langue comme officielle (arabe à l’ONU le 18 décembre).
  • Figure fondatrice : anniversaire d’un écrivain majeur (Shakespeare, Pouchkine, Cervantes).
  • Événement social : lutte ou moment historique (Bangladesh, 1952 ; Ukraine, dictée nationale).
  • Repère culturel/saisonnier : coutume ou calendrier traditionnel (Guyu pour le chinois).

Que se passe-t-il ce jour-là ? Idées et bonnes pratiques

  • École et campus : « classes goûters de langues », tandems de conversation, clubs de lecture bilingues, concours de slam et de théâtre.
  • Collectivités : signalétique multilingue éphémère, dictées géantes, expositions de calligraphie, cartographie des langues du quartier.
  • Culture & médias : marathons de traduction, podcasts en langues minoritaires, sous-titrage communautaire de vidéos patrimoniales.
  • Numérique : campagnes #LanguageDay locales, contributions à Wikipédia/Commons dans des langues sous-représentées, création de jeux de données et de polices libres.
  • Entreprises : ateliers d’écriture inclusive et claire, glossaires métiers multilingues, séances d’initiation aux langues des partenaires.

Petit calendrier pour « parler la date » toute l’année

  • 20 mars : Journée de la langue française (ONU) / Journée internationale de la Francophonie.
  • 21 février : Journée internationale de la langue maternelle (UNESCO).
  • 23 avril : Journées de la langue anglaise et de la langue espagnole (ONU) / Journée mondiale du livre.
  • 20 avril : Journée de la langue chinoise (ONU).
  • 6 juin : Journée de la langue russe (ONU).
  • 18 décembre : Journée de la langue arabe (ONU).
  • 23 septembre : Journée internationale des langues des signes.
  • 26 septembre : Journée européenne des langues.
  • 5 mai : Journée internationale de la langue portugaise.

Pourquoi ces journées comptent

Au cœur des objectifs : assurer l’accès au savoir dans la langue que chacun comprend, consolider la cohésion sociale et préserver un patrimoine immatériel menacé. Elles sont aussi des leviers concrets : politiques linguistiques, ressources éducatives libres, soutien aux médias communautaires, documentation des langues en danger et formation d’enseignants.

En somme, « Speak the Date » : apprendre à raconter la date, c’est apprendre à raconter la langue – et à lui faire une place dans le futur.

FAQ

Quelle est l’origine de la Journée internationale de la langue maternelle ?

Elle a été proclamée par l’UNESCO en 1999 et commémore les événements de 1952 à Dacca, où des étudiants sont morts pour la reconnaissance du bengali. La première célébration a eu lieu en 2000, et la date du 21 février est devenue un symbole mondial du droit à la langue maternelle.

Quelles sont les dates des Journées des langues de l’ONU ?

Arabe : 18 décembre ; Chinois : 20 avril ; Anglais : 23 avril ; Français : 20 mars ; Russe : 6 juin ; Espagnol : 23 avril. Chacune renvoie à un jalon historique ou culturel (adoption officielle, auteur majeur, calendrier traditionnel).

En quoi diffère la Journée européenne des langues d’une journée de l’ONU ?

La Journée européenne des langues (26 septembre) est coordonnée par le Conseil de l’Europe et encourage l’apprentissage des langues sur tout le continent. Les Journées des langues de l’ONU visent l’égalité d’usage des six langues officielles au sein des Nations Unies.

Existe-t-il une journée internationale pour la langue portugaise ?

Oui, le 5 mai, portée par la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) et reconnue par l’UNESCO. Elle valorise la lusophonie et ses expressions à travers le monde.

Les langues des signes sont-elles incluses dans ces célébrations ?

Oui. Le 23 septembre marque la Journée internationale des langues des signes, et de nombreuses manifestations intègrent des ateliers d’initiation, de l’interprétation en LSF/ASL, et des actions pour l’accessibilité.

Comment célébrer une journée des langues avec peu de moyens ?

Organisez une dictée ou lecture publique, un échange de « mots préférés » en plusieurs langues, une cartographie participative des langues du quartier, ou un édit-a-thon Wikipédia. Les réseaux sociaux amplifient facilement l’impact avec un hashtag local.

Où trouver un calendrier à jour des journées linguistiques ?

Consultez les agendas de l’UNESCO, des Nations Unies et du Conseil de l’Europe, ainsi que les sites des ministères de l’Éducation et des instituts culturels (OIF, Instituts Cervantes, Goethe-Institut, Alliances Françaises, etc.).